La fille de l’ISSO

La fille de l’ISSO

Je m’en fais pour l’environnement que l’on gruge petit à petit à grands renforts d’excuses fumantes.

« La faune, elle s’en ira ailleurs ».  Elle n’a qu’à s’en aller dans la forêt, la faune.   Et la flore, elle marche aussi, c’est bien connu.  On sait tous qu’elles sont inséparables.  Après tout, c’est chez-eux la forêt.  Dans la petite bourgade de campagne où je vis, il y a souvent des animaux sauvages qui ne sont « pas chez eux », comme des mouffettes – nos fameuses « bêtes puantes » -, des marmottes, des souris et des lièvres.  Avant ils étaient « chez-eux », maintenant ils sont « chez-nous ».  Vous voyez la nuance, toute en béton et en canexel?  La nature ne comprend pas qu’il est temps qu’elle fiche le camp ailleurs.  Il faut faire de l’espace à la « civilisation ».

« C’est quoi toutes ces nouvelles maladies et pourquoi les gens sont-ils malades aussi jeunes? »  Pourtant, on achète de bons fruits et légumes, des produits locaux le plus possible, on lit les étiquettes, on prend des suppléments et on fait attention à sa ligne.  Si on avait quoique ce soit, le docteur nous le dirait.  On s’entraîne si souvent que notre garde-robe est remplie d’habits de sport de toutes les marques.

« Il n’y a pas de changements climatiques », dit l’aveugle, sourd aussi, qui n’a pas mis le nez dehors depuis des années.  Non non, c’est cyclique tout ça.  Ah!  Alors il y a des changements à l’intérieur du cycle actuel!  « Non, aucun changement.  Il a toujours neigé de septembre à mai comme il y a toujours eu des phoques assez loin dans le Saint-Laurent. »

« On n’arrête pas le progrès.  Les jeunes, eux, ils vont trouver une solution. »  C’est vrai que l’environnement évolue vraiment bien présentement!   Certaines espèces disparaissent mais c’est la loi du plus fort.  Et devinez qui est le plus fort?  Il y a vraiment de quoi être fiers, non?

C’est à cause de ce genre de d’inconscience cataleptique que je suis devenue « LA fille de l’ISSO ».  Je me bats pour des arbres, deux ruisseaux, la faune, la flore et aussi, pour que mes concitoyens aient un lieu de ressourcement en nature.  Depuis quelques mois, j’essaie de sauver un boisé.  Mon fameux Sentier des Oiseaux, juste à côté de la Forêt d’Émeraude dont je vous parle régulièrement, est menacé par un projet immobilier.

Quand j’ai su qu’on voulait le faire disparaître, il était déjà trop tard: trois des 23 terrains étaient vendus par un promoteur qui en détient cinq.  Les autres appartiennent à la ville qui dit en avoir neuf plutôt que 18.  On n’a sans doute pas les mêmes cartes.  Qu’importe que l’on s’apprête déjà à ériger des bâtiments sur le site, il faut que quelqu’un supporte la responsabilité de s’opposer à ces petites projets qui sont les jalons d’une destruction à grande échelle.  Il faut que les autorités et les nouveaux occupants sachent de quel endroit merveilleux il s’agit.

 

Le Sentier des Oiseaux

 

Les gens des quartiers avoisinants fréquentaient le site depuis 20 ans quand on leur en a interdit l’accès parce qu’une partie du parcours sert de piste de VTT.  Le Sentier fait une boucle de 0.9 km.  Il est bordé par deux jolis ruisseaux, couvert d’arbres à fruits de tous âges qui attirent plus de 60 espèces d’oiseaux dont certains font 8 000 kilomètres de distance pour y nicher.

 

Le viréo aux yeux rouges est partout de fin juin au début septembre.

 

Il abrite aussi le fameux papillon monarque qui parcourt à peu près la même distance à partir du Mexique, mais sur deux à trois générations, pour s’y retrouver.  Il y a longtemps, avant d’être une petite forêt, c’était un champs d’agriculteur.  Et à l’époque, les cultivateurs semaient de l’asclépiade, plante adorée des monarques, ce qu’ils ne font guère aujourd’hui.  La population de monarques a décru de 90% au cours des 20 dernières années.

 

Un beau monarque

 

C’est un espace vert à deux minutes de la ville qui comprend une coulée ayant un dénivelé de près de 90% par endroits, donc propice à l’écoulement des eaux lors de pluies abondantes ou lorsque la fonte des neiges cause des inondations comme ce fut le cas le printemps dernier.  Il y a quelques années, l’un des ruisseaux formaient un bassin sur lequel les résidents du secteur se plaisaient à voir glisser des canards.  Il n’y a plus de bassin désormais.  Celui-ci a été remplacé par un égout où s’écoule maintenant un mince filet d’eau et ce, dans la plus grande légalité!

 

RIP le ruisseau disparu, encapsulé dans cette boîte métallique…

 

Dans l’autre ruisseau, à la faveur d’un printemps tardif en 2017, l’on a découvert des tonnes de déchets: un vieux camion rouge, des pièces automobiles, des pneus, des chaises de plastique, une boîte aux lettres, une cheminée, un traîneau, des bâches, des poubelles de métal, etc.  Juste à côté d’un ballot de ferraille corrodée, des jeunes du secteur s’étaient fait un camp secret.  J’imagine que ça aurait pu m’apparaître romantique si je n’avais pas été infirmière…  Une demande a été déposée au ministère de l’Environnement afin que le site soit nettoyé.  

 

Le coin secret des enfants du secteur

 

En hiver, la seule piste de raquette de notre petite ville suit le parcours de ce ruisseau sur près de 4 kilomètres.  Comme elle est située dans une coulée, elle bénéficie d’un microclimat très favorable et est pratiquement coupée de tous vents.

 

Le sentier de raquettes où filtre une douce lumière d’hiver

 

La faune y est la même que dans les grandes forêts, exception faite que j’ai déjà pu y admirer un carcajou, quelques pékans et deux coyotes et que les tamias rayés y sont d’une taille assez remarquable!

 

Tamia rayé au Sentier des Oiseaux
Tamia rayé au Sentier des Oiseaux

 

Mais on ne veut pas savoir ce qu’il y a dans le Sentier, à moins que ce soit une espèce menacée et encore…  Je me suis donc mise à la recherche d’espèces rares.  Je ne suis pas biologiste.  La charge est lourde pour identifier toutes ces plantes et fleurs.

 

De l’athyrie alpestre

 

Quand on parle, on parle à l’argent.  Au pouvoir aussi.  Et la population est lasse de débat, occupée à gérer la vie courante, obligée à faire constamment des choix.  L’information est servie par les médias comme on sert du « fast food ».   L’audience est à celui qui donne le plus en le moins de temps.  Il nous faut en tenir compte car pendant que nous sommes occupés chacun à nos affaires, la Nature disparaît comme peau de chagrin.  

 

Le printemps dernier. Le dernier printemps?

 

Commençons déjà à nous poser des questions.  Dans quelques générations, nos gouvernements investiront-ils dans les services des meilleurs scientifiques afin qu’ils découvrent comme recréer cette Nature si unique?  Ne payons-nous pas déjà pour recréer des espèces disparues? 

 

L’essentiel n’est pas toujours invisible pour les yeux, comme la beauté n’est pas toujours dans les yeux de celui qui regarde…

 

Je dis que le monde ne sera plus pareil si cet endroit vient à disparaître.  Il est probablement loin de chez-vous mais réfléchissez, il est peut-être près aussi.  Je songe à ces autres boisés que l’on construira pendant que les gens sont occupés à regarder ailleurs.  Il y en a un près de chez-vous.  

 

Un habitat

 

Je dis que bien que ce ne soit encore que le début, la fin risque de venir rapidement.  Je pense aux abeilles, entre autres, porteuses du fragile équilibre de la vie.  Cette société s’est battue pour l’égalité des sexes, la liberté d’expression, le droit de vote, l’avortement, etc.  Tout cela aura-t-il encore un sens si nous détruisons ce qui nous fait vivre?  La santé, c’est la Nature.  Tous les remèdes se trouvent dans la Nature.  Il n’est pas étonnant que nombre de maladies émergent ces années-ci.  Nous sommes à la croisée des chemins.

 



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