La maman et ses chatons

La maman et ses chatons

Dans les villages comme dans les villes, il y a des chats errants en plein coeur de l’hiver, affamés, malades, blessés.  Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été incapable de simplement les regarder à travers une fenêtre.  C’est ainsi que je suis devenue famille d’accueil pour Rescue Poilus Sag/Lac, un organisme qui recueille les chats errants, les soigne, les socialise et les confie à de bonnes familles qui en prendront soin pour la vie.

Pour moi, une longue attente a commencé.  J’étais destinée à recevoir une jeune maman qui venait de donner naissance, pour la x-ième fois à des chatons dans un trou creusé sous un garage, à 45 degrés sous zéro.  Les chatons survivants, deux seulement, ont été trappés et un merveilleux sort les attendait.  Mais la maman, rusée, s’assoyait sur la cage-trappe et refusait net d’y entrer.  Les mois ont passé.  Et entre-temps, je devins l’une des fondatrices d’OpérAction Boules de Poils, l’alter ego jeannois de Rescue Poilus.  

Contre toute attente, le 6 février dernier, la cage-trappe s’est refermée sur la chatte!  J’ai dû l’amener chez moi dans la cage tant elle était « sauvage ».  Dans les deux mois qui suivirent, j’ai à peine pu l’approcher et la toucher.  Et pour cause, le travail d’une F. A, c’est la confiance.  Il faut y mettre le temps.  Il suffisait que j’entre dans la chambre où je l’avais isolée pour qu’elle se cache sous le sofa.  Qu’à cela ne tienne, j’allais bien y arriver un jour!

Dans la nuit de mardi dernier, alors que je rentrais du travail, je me suis dirigée vers la chambre de la chatte que l’on appelle désormais Rebelle.  En m’approchant, mon attention fut captée par de petits miaulements inattendus.  J’entrai pour découvrir une image totalement attendrissante: celle de Rebelle allongée sur le côté, à découvert, allaitant deux chatons dans le lit que je lui avais fait.  Vingt minutes plus tard, il y en eut un troisième.  Elle me laissa approcher, moi qui ne croyais plus que ça pouvait arriver puisque la gestation chez la chatte dure 63 jours et qu’elle avait pratiquement passé tout ce temps chez moi.

Cette image me rappela mes années d’enfance, au cours desquelles nos chattes ont accouché dans des boîtes de carton munie d’une serviette moelleuse, dans le garde-robe de nos parents.  Parfois, on collait des boîtes ensemble et l’on y découpait des portes et des fenêtres.  Ensuite, on leur dessinait des rideaux et des lampes pour leur faire une vraie maison.  Nous les admirions pendant des heures et avions hâte de revenir de l’école pour les voir.  De nos jours, cela se fait plus rare dû à l’éducation populaire quant à la surpopulation féline.  Et c’est bien ainsi.  Cela n’enlève rien à l’émotion de voir naître et grandir ces petits félins.

 

 

Deuxième surprise: la sage-femme.  Dieu seul sait comment il est entré là mais il a fait de l’excellent travail!  À 13 ans, Puce est le matou le plus aimable que vous puissiez connaître.  Il a un caractère doux et aime tous les autres chats.  Il s’est contenté d’être là et de regarder le travail se dérouler.  Malheureusement, il a dû quitter la pièce en même temps que moi et a continué à miauler inlassablement devant la porte, comme si ces petits étaient les siens.

 

 

Le lendemain, lorsque je suis revenue du travail, l’un des chatons, pourtant vigoureux après la naissance, ne respirait plus.  Et la chatte, en bonne mère qu’elle est, l’avait déposé dans son lit à elle plutôt que dans celui, plus chaud et moelleux, que j’avais fait pour ses petits.  Elle avait ce regard abattu mais confiant qui me dit « Fais quelque chose, je sais que tu peux ».  Et c’est là que j’ai réalisé mon impuissance devant le fait accompli. 

Après 20 minutes où elle m’a vue me tenir dans la même position sans pouvoir bouger, elle est revenue chercher son bébé mort et l’a gardé sous elle pendant 20 autres minutes.  Puis je l’ai vue le prendre et le placer doucement sur le sol un peu plus loin.  Une grande peine m’a envahie.  Je ne suis pas mère.  Je ne le serai probablement jamais.  Mais j’ai compris sa détresse et l’ai vécue avec elle.  Oui, c’est la fatalité.  Par définition, on ne sait pas pourquoi ces choses-là se produisent et on ne peut rien faire pour y remédier.  Reste que ça nous atteint en plein coeur.

La mortalité est élevée chez les chatons naissants.  C’est arrivé dans mon enfance aussi.  Une chatte avait eu un petit avec la bouche dans le mauvais sens.  D’autres étaient morts-nés ou n’ont vécu que quelques jours.  Mon père faisait partie de ces hommes qui ont peu d’empathie envers les animaux.  Aussi leur arrivait-il parfois de disparaître tous en même temps.  Heureusement que notre époque a vu évoluer les pratiques.  

Il reste maintenant deux chatons.  Ils ont cinq jours.  Ce sont des femelles qui n’ont pas encore de nom.  Je vérifie souvent que leur coeur bat encore.  Entre les nombreux boires de la journée, elles se reposent ensemble sur une couverture électrique.  Ne sont-elle pas magnifiques?

 

 

Elles sont si minuscules et fragiles qu’on a envie de les protéger.  Mais leur maman les surveille de près.  Elles n’ont pas besoin de nous ni de notre odeur sur elle.  Elles ont reçu leur premier jouet aujourd’hui. 

 

 

Oh bien sûr, elles ne s’en serviront pas aujourd’hui, mais elles grandissent et dans quelques jours, elles verront, entendront et se tiendront debout.  Chez moi, nous avons besoin de ce foisonnement de vie, d’aventures et de bruits.  Cette petite famille poilue a apporté de la gaieté en cette fin d’hiver où nous en avions bien besoin.

 

 

 



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