Le fantôme des hivers passés

Le fantôme des hivers passés
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Je suis de celles qui croient qu’il faut Aimer chaque jour de cette Vie parce que nous avons la chance d’y être tandis que d’autres ne l’ont pas. Les morts, les malades, les gens dans les résidences pour personnes âgées, les enfants qui n’ont pas pu grandir… Le seul fait d’exister devrait me remplir de joie. Mais je me languis des hivers passés et je me sens comme le vieillard qui regarde des photos de sa jeunesse en espérant retrouver un jour ses vieux amis: tout ça me semble bien lointain.

Cet hiver fut redoutable. D’un jour à l’autre, nous avons traversé la pluie, la neige, le soleil, le verglas, le vent, le grésil. Et l’orage de février! C’est comme si les dieux avaient voulu créer une nouvelle saison et qu’ils ne s’étaient pas entendus sur leur oeuvre.

Nous avons été coupées de notre précieuse forêt par des chemins de glace, des bourrasques du norois et des monceaux de neige. Personne d’autre n’entretient plus les sentiers qui bordent le ruisseau d’Émeraude. Nous avons été les seuls visiteurs de cette forêt qui rétrécit chaque année comme une peau de chagrin. Les seuls à voir les arbres marqués pour la coupe. Il faut faire place à la civilisation…

L’ennui avec la civilisation, c’est qu’elle est ingrate. Elle prend tout et ne laisse rien. Où il y avait des arbres, il y aura désormais des maisons, puis d’autres et d’autres encore. La forêt d’Émeraude ne sera plus qu’un souvenir imprimé dans l’esprit de la vieille femme que je serai un jour et cet hiver, un ultime rendez-vous manqué…  Car le temps qui passe ne revient jamais.

 



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