1617-2017: L’héritage de Louis Hébert, pionnier de la présence française à Québec

1617-2017: L’héritage de Louis Hébert, pionnier de la présence française à Québec

Louis Gaston Hébert naquit dans une maison près du Louvre à Paris en 1575.  Son père Nicolas était apothicaire à la cour de la reine Catherine de Médicis.  Sa mère, Jacqueline Pageot, décéda alors que Louis n’avait que 15 ans. 

Il exerça la profession d’apothicaire-épicier à l’apothicairerie « Le Mortier d’Or » près du Louvre et habita à St-Germain-des-Prés.

 

Rue où était située la boutique de l’apothicaire Louis-Hébert à Paris

 

Le 19 février 1601,  Louis épousa Marie Rollet, une veuve de cinq ans sa cadette.  Deux ans plus tard, il devint le père d’une fillette prénommée Anne.  Il lui prit alors envie de rejoindre le Nouveau-Monde et il s’embarqua en 1606 dans le cadre de « l’expédition sans femmes ni enfants » menée par Pierre Du Gua de Monts.  La mission que Du Gua de Monts avait reçue était d’établir 60 colons par an dans la colonie et de gagner les Autochtones à la foi chrétienne.  Comme on le sait, cela s’avéra un échec.  

 

Acte de mariage de Louis Hébert et Marie Rollet, paroisse de Saint-Sulpice, Paris

 

C’est alors qu’il fit la connaissance de Samuel de Champlain, qui agissait alors comme géographe et cartographe.  Il  quitta la France en 1606 pour explorer la côte nord-américaine à ses côtés.  Dans le cadre de ce voyage, Louis Hébert fit avec Samuel de Champlain et Jean de Biencourt de Poutrincourt, mari de sa cousine et explorateur du Nouveau-Monde, une petite plantation dans le Massachusetts.  

Hébert passa l’année avec ses congénères à Port-Royal en Acadie.  L’année précédente, 22 hommes étaient morts du scorbut pendant un hiver particulièrement difficile.   Mais cet hiver-là fut plus doux et le scorbut ne fit que sept victimes.  Le Jonas, navire appareillé en France, leur amena alors une triste nouvelle: les concessions accordées en Nouvelle-France à Pierre Du Gua de Monts avaient été annulées.  Ils furent tous forcés de rentrer en France.  Mais le successeur de Du Gua, Poutrincourt lui-même, ramena Hébert en Acadie en 1610.  En novembre de l’année 1613, il fut fait prisonnier par les Anglais à l’île des Monts-Déserts.  Ceux-ci détruisirent Port-Royal et Louis fut à nouveau ramené en France.

Trois ans plus tard, soit en 1616, il retrouva à Paris Samuel de Champlain qui lui offrit 200 couronnes par an pendant deux ans, plus le gîte et le couvert pour lui et sa famille, afin qu’il retourne s’établir et travailler dans la colonie de Québec.  L’apothicaire vendit donc sa maison, son jardin, son commerce et tous ses biens pour s’y installer avec son épouse Marie et leurs trois enfants survivants âgés respectivement de 3, 9 et 14 ans.  Au moment de lever l’ancre, il constata que la Compagnie des Cents-Associés ne lui donnerait que la moitié du salaire promis et que sa fille et son serviteur seraient au service de la compagnie sans aucune rémunération.  Comme il n’avait pas le choix, il quitta la France à bord du Saint-Étienne le 11 mars 1617 et débarqua à Tadoussac, un poste de traite majeur, le 14 juin.  Il gagna Québec par la suite.

 

Louis Hébert s’instruit auprèes des Amérindiens concernant les plantes médicinales

 

Louis Hébert fit beaucoup de choses à Québec.  Avec son beau-frère Claude Rollet, il défricha des terres sans charrue et sans boeuf.  Il fut le premier à semer des champs et des jardins où poussaient du grain et des légumes.  Il fut le premier botaniste de la Nouvelle-France.  Il cueillit, identifia et expédia au savant parisien Jacques Philippe Cornut plus de 80 plantes indigènes.  Celui-ci en fit le premier ouvrage sur les plantes canadiennes qu’il publiera en 1635.  La compagnie des fourrures oeuvra sans répit pour le détourner de l’agriculture.  Sa seule satisfaction fut d’aider les gens. Il soigna Européens comme Amérindiens et gagna la confiance des Autochtones.  Ils lui expliquèrent en détail comment ils se soignaient grâce à des herbes médicinales qu’ils trouvaient en ce pays.  

 

« Louis Hébert semant », estampe tirée du livre Louis Hébert, premier colon canadien et sa famille, de A. C. Després, Montréal, 1918 Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Canada

 

Cette année-là, le père Joseph le Caron célébra le premier mariage sur le sol de Québec, celui de sa fille Anne et de Joseph-Marie Étienne Jonquest.  Tristement, Anne mourut en donnant naissance à leur premier enfant deux ans plus tard, alors qu’elle n’avait que 16 ans.  Elle s’était donc mariée à seulement 14 ans!  Son enfant, le premier Européen né en Nouvelle-France, mourut juste après l’accouchement.

 

Louis Hébert et sa famille

 

En 1620, Champlain le nomma procureur du roi dans la cité de Québec.  Il devient donc le premier officier de justice.  Cette année-là, des ouvriers redevables de ses services l’aidèrent à construire sa maison.  Il s’agissait alors d’un bâtiment très rudimentaire, que les gens d’aujourd’hui se plairaient à appeler un « chalet » ou un « shack ».  Quelques années plus tard, elle fut remplacée par une maison en pierre d’un étage de 38 pieds par 19. 

 

Les terres de Louis-Hébert étaient situées sur le site de l’actuel Séminaire de Québec.

 

Grâce à une pétition adressée au vice-roi en 1622, Louis devint aussi seigneur, premier propriétaire de ses terres agricoles, le fief de Sault-au-Matelot, en 1623.  On y adjoignit des terres et en tout, ses 100 acres couvraient l’actuel terrain du séminaire et de la cathédrale, ainsi que des terres en bordure de la rivière Saint-Charles où il faisait paître ses bovins.  Il planta aussi un verger avec des pommiers qu’il avait apportés de la Normandie et acclimatés lui-même.  On raconte même qu’il jardinait en compagnie de son ami Samuel de Champlain, le seul autre colon à posséder un jardin dans la colonie malgré que ce fut interdit par la compagnie. Jusqu’en 1634, les seules maisons construites à Québec et habitées toute l’année furent celles de Louis Hébert et de son gendre Guillaume Couillard.  Leurs concitoyens habitaient soit dans des forts (« habitations » dont l’une était située sur l’actuel site du Château Frontenac) ou dans des bâtiments des Jésuites ou des Récollets.  

 

Au pied de la statue du pionnier Louis Hébert, à Québec

 

Il décéda d’une mauvaise chute sur la glace mais il mourut bravement comme il avait vécu.  Il eut le temps de dire à sa famille en larmes:

«Je meurs content parce que Notre-Seigneur m’a fait la grâce de voir mourir avant moi des Indiens convertis.  J’ai passé les mers pour venir les secourir, et maintenant, je mourrais volontiers pour leur conversion, si tel est le bon plaisir de Dieu. Je vous supplie de les aimer comme je les aime et de les assister autant que vous le pourrez. « 

On dit qu’il fut inhumé deux jours plus tard, soit en le 27 janvier 1627, dans le cimetière des Récollets, bien que cette information puisse apparaître douteuse vu le gel.  Ce n’est qu’un an après sa mort qu’il fut permis de travailler la terre dans la colonie et que l’ont put utiliser une charrue et des boeufs. 

 

Sculpture de Louis Hébert, à Québec

 

L’actuel premier ministre du Québec, Philippe Couillard, est un descendant direct de Louis Hébert par le mariage de sa fille Guillemette avec Guillaume Couillard de L’Espinay, un charpentier arrivé à Québec avant la famille Hébert et qui en hérita le domaine à la mort de Louis.  Le 14 juin 2017, la communauté des Augustines hospitalières de Québec inaugura le Carré de l’Apothicairesse.  La Société de Généalogie de Québec prépara pour l’occasion 30 certificats d’ascendance sous forme de parchemin, dont un fut remis à Philippe Couillard qui ne manqua pas de souligner l’importance de ces ancêtres dans l’histoire du Québec.  

 

Pour souligner le 400e anniversaire de Québec, les Augustines hospitalières ont inauguré le Carré de l’Apothicairesse dans leur cour carrée.

 

Sources:



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